American Horror Story s’est imposée dès sa première saison. Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk ((Nip/Tuck, Glee, American Crime Story, Pose), la série anthologique connue aussi sous les initiales AHS n’a cessé de gagner en popularité. 8 saisons, 8 univers totalement différents et un casting grandiose (Jessica Lange/ Sarah Paulson/ Kathy Bates…), sont les ingrédients d’une success story délicieusement irrévérencieuse.

Cette fois, on va zoomer sur la dernière saison de AHS, qui après Trump dans la saison 7, nous raconte une toute autre épopée, celle de Satan. Vous l’imaginez avec des cornes et une fourche, raté ! Dans la dernière saison, Satan est un jeune Américain, blanc plutôt instable qui collabore avec des geek milliardaires dopés à la coke pour lancer une attaque nucléaire en 2020. Dans cette bulle apocalyptique, la résistance est incarnée par un groupe de sorcières mené par Cordelia (the supreme), sorcière extrêmement puissante qui a su construire autour d’elle une société matriarcale où la solidarité féminine prend tout son sens.

“L’enfer, c’est les autres”, l’indémodable citation de Sartre tirée de la pièce Huis clos, prend tout son sens dans cette dernière saison. Après une attaque nucléaire qui a dévasté les USA, certains se sont retrouvés dans un abri antiatomique tenu par deux femmes sadiques dont Vilhemina Venable. Le critère de sélection pour y être est le statut social : influenceuse insta fille à papa, une présentatrice de Talk Show qui nous rappelle étrangement une certaine Oprah, et des individus génétiquement supérieurs à la moyenne. On ne change pas les habitudes, même dans cet abri de fin du monde, il y a une classe inférieure ; celle des servants, qu’on distingue par leurs vêtements gris.

Dans ce chaos fait de cannibalisme, de coups bas, de faim et d’absence d’oiseaux débarque Michael, avec ses super-pouvoirs. Pour connaître l’origine du mal, la saison 8, à coups de flash back, nous replonge dans la première saison “Murder house”, demeure hantée où Micheal a été conçu. Le coup de maître des deux créateurs est d’avoir su relier et jongler avec les personnages de toutes les saisons sans jamais perdre le fil. Une sorte de bilan de la cruauté.

À quoi peut bien ressembler l’enfer ?

C’est une partie infime de la saison 8, mais quelle idée de génie ! Loin des flammes et des cris, l’enfer est présenté sous différentes formes qui font écho à notre réalité. Pour combattre Michael, Cordelia ( the supreme) a dû trouver le moyen de sortir ses apprenties sorcières coincées en enfer. La damnation éternelle est de travailler au service après-vente d’une grande surface discount dont les clients ne sont autres que des Américains de la classe moyenne, de passer ses journées à plier des serviettes de la même couleur sous les cris et l’humiliation d’un manager sadique, ou encore, être condamné à disséquer une grenouille dans une salle de classe pour l’éternité. C’est ainsi que des environnements si ordinaires deviennent angoissants. À travers la mise en scène, la série réussit à nous embarquer dans un travelling arrière civilisationnel. L’objectif de ce théâtre apocalyptique est de nous pousser à réfléchir sur cet “après”? La fameuse “alternative” dont personne n’arrive encore à voir les grandes lignes.

Les geeks milliardaires en manque de sens

Coup de cœur pour le duo imaginé par les créateurs. L’affaire Cambridge Analityca a dévoilé au monde la part “maléfique” d’un certain Mark Zuckerberg, déjà dépeint comme un monstre sans cœur dans le biopic réalisé par Fincher, AHS continue de démontrer la puissance et la dangerosité des petits génies de la programmation qui s’ennuient ferme dans leur tour high -tech. Finis les Rockefeller et autres industriels, le futur du classement Forbes est fait de jeunes qui bidouillent nos comportements, besoins et données personnelles.

 

L’angoisse que cristallise cette saison s’incarne dans une seule question ; y a-t-il réellement une alternative à notre civilisation ? Comment reconstruire le monde alors que ses problématiques sont devenues plus complexes et plus compactes ?

 

Pour finir, AHS mérite d’être regardée de la première saison jusqu’à la dernière, surtout que, disons-le franchement, Apocalypse est la moins riche esthétiquement. On finit avec une bonne nouvelle, il y aura une 9ème saison, puisque la série s’inspire  des 9 cercles de “l’Enfer de Dante”!

Rym Haddad

Journaliste indépendante

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